Tricoteuse, va !!!

Chères amies tricoteuses,

Comme vous le savez, chaque année, le deuxième samedi de juin, a lieu la Journée Mondiale du Tricot. Sur les places, les terrasses des cafés, dans les parcs, les boutiques de laine, etc., des tricoteuses (ou crocheteuses) se donnent rendez-vous pour tricoter, échanger et passer un moment agréable ensemble.

Or, il y a quelque temps, en surfant sur le Net, je suis tombée sur ces passionnants articles ICI et ICI.

Et donc, saviez-vous que « les tricoteuses » c’est, au début de la Révolution française, le nom que l’on donne à ces femmes d’origine populaire qui suivent en tricotant les séances de la Convention et n’hésitent pas à apostropher les députés depuis les tribunes ?

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Les historiens contre-révolutionnaires et les auteurs ou illustrateurs romantiques nous les montrent aussi sur le chemin qui mène à l’échafaud ou installées à ses pieds pour voir tomber les têtes, quand elles ne participent pas aux « messes rouges » en trempant leurs mouchoirs dans le sang des victimes…

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Les tricoteuses, de ce point de vue, c’est l’image fantasmatique de la sauvagerie révolutionnaire : une femme douce devenue féroce… Comme la France révolutionnaire ?

Comme le mythe contre-révolutionnaire les présente, en tous cas, qui reprend et amplifie la connotation déjà péjorative du mot lui-même. Car bien avant la Révolution, le terme de tricoteuse est déjà une insulte que s’échangent les femmes du peuple. Au XVIII° siècle, être traitée de « tricoteuse » est tout aussi péjoratif que d’être traitée de garce, de putain ou… de poison !

Dominique Gobineau y voit, sous l’Ancien Régime, une injure faisant référence à ces femmes pauvres qui, enfermées dans les Hôpitaux généraux ou les Dépôts de mendicité, étaient occupées, dans un but de moralisation par le travail, à tricoter pour les bonnetiers qui les exploitaient et leur payaient un salaire de misère.

Bref, déjà sous l’Ancien Régime, être tricoteuse n’est pas un titre de gloire puisque l’on appelait ainsi la lie du peuple.

 

Pendant la Révolution, ce n’est pas mieux. Il semble que ce terme, qui était tombé en désuétude, réapparaît en l’An III, après la chute de Robespierre, pour désigner avec une connotation péjorative les militantes populaires qui profitaient de l’arrêté du Conseil Général de la commune de Paris du 6 nivôse an II (26 décembre 1793) permettant aux femmes d’assister aux délibérations de la commune et d’y tricoter ; femmes réputées Jacobines, c’est à dire du côté des sans-culottes et contre les Girondins modérés.

On aura compris que le terme de tricoteuse a surtout été employé par les contre-révolutionnaires pour stigmatiser les « dévotes de Robespierre ».

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Mais ces femmes qui assistaient aux séances de la Convention n’étaient pas là uniquement par souci politique et pour apostropher les députés. Elles étaient là aussi pour pouvoir « travailler sans brûler de bois et de lumière chez elles », c’est à dire par souci d’économie. Et il y a de bonnes raisons de penser que, plutôt que de tricoter, elles cousaient. Les « tricoteuses de Robespierre », les « furies de la guillotine » étaient en fait des couturières, des cousettes quoi !

Mais alors, pourquoi ne pas les appeler couturières, pourquoi, pour les injurier, les traiter de  tricoteuses ?

En référence à l’injure qui avait cours sous l’Ancien Régime bien sûr, mais plus fondamentalement parce que, dans l’imaginaire de l’époque – qui ne nous surprend toujours pas aujourd’hui – le tricot et la tricoteuse renvoient à la douceur de la sphère privée et que, du coup, une tricoteuse publique c’est un peu comme une femme publique : une dévoyée, une femme ayant perdu toutes ses qualités, c’est à dire essentiellement sa douceur et sa féminité…

A l’époque, une tricoteuse qui se permet de sortir de chez elle pour tricoter en public, c’est contre-nature et c’est donc capable des pires violences ; une monstruosité sanguinaire !

 

Où l’on voit que, dès l’an III de la Révolution française, la militante politique est renvoyée dans ses foyers, sommée en quelque sorte, sous peine de mauvaise réputation, de laisser l’espace public et tout particulièrement la politique aux hommes…

 

Rappelons à ce propos que si, à ses débuts, la Révolution française s’est prononcée en faveur de l’amélioration de la condition féminine, la question des droits des femmes a très vite été posée séparément de celle concernant les droits des hommes.


e34flr1smtpywlua-a72gqfyupe230x240Alors que la « Déclaration des droits de l’homme et du citoyen », qui, aujourd’hui, ne nous paraît pas introduire de différence entre les hommes et les femmes mais qui ne comporte pas de H majuscule à « homme », date du 26 août 1789, dès 1790 Condorcet juge nécessaire de publier un traité sur « L’admission des femmes au droit de la cité ». Et Olympe de Gouges, en 1792, écrit une « Déclaration des droits de la femme et de la citoyenne » dans laquelle elle revendique la participation des femmes à la vie politique et au suffrage universel.

Et si, en 1793, les « tricoteuses » ont joué un rôle politique important, concourant notamment à la chute de la Gironde, dès la fin de cette année là les femmes se voient refuser le droit à la citoyenneté et Olympe de Gouges est guillotinée…

En 1795, c’en est fini des « tricoteuses de Robespierre ». La Convention interdit aux femmes, non seulement l’accès à ses tribunes mais encore de participer à des assemblées politiques ou à des attroupements de plus de cinq personnes dans la rue.

Sous prétexte que les femmes, en sortant de la sphère privée, deviendraient des monstres assoiffés de sang alors que l’ordre naturel voudrait qu’elles soient douces, discrètes et qu’elles remplissent leurs devoirs de mère et d’épouse aimante, les femmes sont exclues de la sphère publique et des débats politiques.

Il faudra attendre 1945 pour que les femmes françaises obtiennent le droit de vote et 1946 pour que l’égalité des hommes et des femmes dans tous les domaines soient établie… du moins officiellement, car dans la pratique c’est souvent une autre histoire…

Alors bien sûr, nous les tricoteuses, qui de nos jours nous retrouvons dans des lieux publics pour tricoter de concert, nous ne faisons pas référence à nos consœurs révolutionnaires ! Il n’en reste pas moins qu’une exposition comme la Wool War One, que l’on a pu voir au Musée de La Piscine à Roubaix porte le même message.

Car au-delà de l’hommage aux combattants de la Première Guerre Mondiale, cette armée de tricoteuses à laquelle j’ai eu la chance d’appartenir et qui, emmenée par une femme, a produit collectivement une armée de soldats de laine, ne prend pas seulement fait et cause pour la paix. Elle rappelle aussi que la sphère publique et notamment la politique, mais aussi l’art, n’est pas réservée aux hommes. Et que non seulement les femmes y ont leur place, mais encore et surtout qu’elles peuvent s’y exprimer à leur manière qui peut être différente… ou pas !

Bref que même lorsqu’elles tricotent, les femmes sont des Hommes comme les autres !

Et tout cela pour vous dire que l’on va pouvoir revoir la Wool War One

au Grand Palais à Paris (pas moins !) pendant les journées du patrimoine

les 19 et 20 septembre

A noter dans vos agendas !

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