La petite Princesse de là-bas (suite et fin)

Aujourd’hui, premier jour du printemps et fin de cette histoire abracadabrante.

Donnera-t’elle naissance à un carnet brodé ?
Ce n’était pas prévu au départ, mais pourquoi pas…

 

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Il était une fois, il y a bien longtemps et encore plus loin d’ici, une petite Princesse pas vraiment belle que les trois capitaines auraient appelée vilaine mais que les animaux de la forêt, à bon escient, trouvaient charmante.

Est-ce pour cela qu’elle se montrait pensive ? Pas vraiment. Elle avait bien d’autres raisons de se faire du mouron.

C’est qu’il ne faudrait pas croire que la vie des Princesses est toujours rose ; surtout là-bas et en ce temps-là !

D’abord elle n’aimait pas voyager. Manque d’habitude sans doute, mais pas seulement. Elle assimilait inconsciemment les départs aux croisades de son père et cela ne la rassurait guère.

En plus, elle se reprochait un coup de tête et les poissons rouges lui manquaient ; le magicien aussi, dont les pouvoirs auraient peut-être pu, se disait-elle, lui rendre service.

Délicieuse simplicité des jeunes Princesses qui croient au Père Noël et au Magicien d’Oz. Comme si les livres d’eMages n’étaient pas virtuels, comme si toutes les exo-planètes qui ponctuent l’univers n’obéissaient pas aux mêmes lois, comme si l’imaginaire pouvait devenir réel…Taratata !

Taratata ?

Ah, mais non, abracadabra au contraire.

Abracadabra ?

Oui, abracadabra justement, et c’est comme ça !

C’est d’ailleurs pourquoi depuis que le monde est monde, les Princesses, même pas forcément très belles pourvu qu’elles soient charmantes, mènent par le bout du nez les plus illustres magiciens. Au point que ça leur donne des boutons et que l’on ne compte plus les thèses consacrées par les plus éminents esprits au complexe de Merlin.

Mais je m’égare et je perds mes moutons.

Ce qu’il faut que vous sachiez, pour bien comprendre l’histoire que je vais vous raconter, c’est qu’il y a monde et mondes et qu’entre les uns et l’autre – je veux dire, le nôtre – des chemins existent, décrits par d’anciens géographes et qu’empruntent des voyageurs intrépides mais avisés.

Or notre petite Princesse qui était plus grande et plus si jeune, bien que timide et rougissante savait, vous le savez, rugir le moment venu.

Et c’est en lionne qu’elle aborda le magicien avant de l’abandonner à son effroi dans son beffroi ; c’est en lionne qu’elle quémanda, sans lui laisser la possibilité de refuser, la tablette magique intergalactiquement connectée donnant accès instantané, ici, ailleurs, maintenant et avant aux savoirs magiques du désormais ci-devant eMagicien ainsi qu’à tous ses pouvoirs (sans compter quelques bitcoins à la valeur hypothétique).

Vous comprenez maintenant le désarroi du magicien désarmé, désormais condamné à pourvoir en miel éthique et bio l’ours Martin jusqu’à la restauration de la principauté !

Et vous devinez le sourire naissant sur les lèvres de notre petite Princesse, sourire dont quelques érudits soutiennent qu’à la faveur d’un de ces courts-circuits temporels que la physique ignore mais que l’on constate de temps en temps, il fut aperçu et même peint par un ami bien connu de son Altesse François, le très célèbre Léonard.

Léonard de Vinci !

Et c’est ainsi, équipée de son sourire et d’une tablette magique, que notre petite Princesse s’enfonça courageusement dans la nuit des temps en regrettant les poissons rouges qui chantaient dans les douves de son château et en espérant que la tablette subtilisée pourrait avantageusement remplacer les pouvoirs du vieux magicien borgne et mal entendant.

Comme vous le voyez, la vie est compliquée parfois, même pour les Princesses. Enfin… si elles sont intrépides, impulsives et néanmoins courageuses.

« C’est la marche qui fait le chemin » se disait-elle pour se rassurer en s’enfonçant en tâtonnant dans l’inconnu dont chacun sait qu’il est toujours très mal éclairé.

Et le temps et l’espace se contractaient, s’enroulaient, s’emmêlaient d’étrange façon. Ici comme maintenant n’était plus là ni même ailleurs, tout était sans dessus ni dessous et c’était déroutant. En même temps ce tohu-bohu spatio-temporel avait des aspects très positifs et lui permettait de progresser très vite car l’avant venait après et là-bas était tout près.

C’était donc finalement plutôt commode et notre petite Princesse allait de monde en monde à la vitesse de la lumière avec l’inconscience de la jeunesse, ne s’étonnant de rien et rêvant de colibris qui rient, de poneys qui dansent et de poissons rouges qui chantent à gorge déployée.

 

Et tout soudain :

 

Transformation ! Décomposition ! Recomposition !

Intervention d’une fée (il fallait ça tout de même)…

Et voilà, elle y était ! Et même pas trop cabossée.

Extraordinaire non ?

 

Imaginez.

 

Là où elle était arrivée il n’y avait pas tout ce dont elle rêvait en chemin, mais tout de même il n’était pas rare d’entendre passer des cavaliers. Et puis, si c’était très différent c’était aussi presque pareil. Enfin, tout le monde autour d’elle était aussi intrigué qu’elle.

Bref, ça valait le détour et même, sans doute, le voyage.

Alors, comme son coup de tête lui faisait moins mal et parce qu’elle connaissait les chemins, les détours et les raccourcis menant à sa principauté, elle décida de camper là un temps. Pour voir.

Après tout, quand la porte est ouverte rien n’interdit de rester, non ? On peut rester libre sans voyager si l’on est en mesure de partir à sa guise…

 

« Si rien ne le retient, rien ne presse le vagabond », se dit-elle le plus sérieusement du monde, « et je me sens d’humeur vagabonde » conclut-elle amusée.

 

Alors elle s’arrêta là ; enfin, par-là, je veux dire : pas tout à fait ici ni maintenant mais juste à côté. Entre deux quoi, mais pas ailleurs non plus…

 

Vous ne la voyez pas ?

 

Alors faites comme moi : fermez les yeux et vous la sentirez tout près de vous, la petite Princesse de là-bas. Avec un peu d’imagination, vous l’entendrez même respirer.

 

 

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