Les indiennes de Tarascon

La légende fait de Tarascon la ville de Tartarin – l’illustre chasseur de casquettes imaginé par Alphonse Daudet – et de la Tarasque – ce monstre qui terrorisa la région jusqu’à ce que Marthe de Béthanie, la sainte patronne de la ville, le dompte miraculeusement.

Mais le renom de la ville doit aussi beaucoup à ses indiennes qui, elles, sont bien réelles et méritent que l’on fasse un détour – 39 rue Charles-Deméry – dans l’hôtel particulier d’Aiminy et sa très belle façade à bossage du XVIIème siècle qui abrite le musée et les anciens ateliers de la maison Souleiado (terme provençal qui désigne ce moment où le soleil perce à nouveau les nuages…).

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S’y tient en ce moment et jusqu’au 15 avril 2013 une exposition intitulée :

Quarante ans de collections Souleiado,

de Nicole Barra aux années 1990.

que j’ai eu la chance de visiter, guidée par Nicole Barra en personne.

C’est l’occasion de revenir sur l’histoire tout à fait exceptionnelle des indiennes dans l’industrie textile française.

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Au départ, ces étoffes de coton imprimées ou peintes, aux couleurs vives, servaient à emballer les marchandises qui arrivaient au port de Marseille, importées d’Orient par les comptoirs des Indes au XVIIème siècle. Les provençales, séduites par ces cotonnades légères et faciles à laver, s’empressèrent de les récupérer pour en faire des vêtements séduisants et peu onéreux.

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Les choses en seraient peut-être restées là si Madame de Sévigné, rentrant d’un voyage en Provence, n’avait pas offert des indiennes à sa fille. A la cour de Louis XIV, se fut l’engouement ; toutes les élégantes en voulaient au point que, l’importation ne suffisant plus, des fabriques d’indiennes reprenant les techniques et copiant les motifs d’origine furent créées pour répondre à la demande, à Marseille d’abord puis dans les environs (Arles, Avignon, Nîmes).

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Cela ne fut pas du gout de tous car, ne l’oublions pas, on ne cultive pas le coton en France… Du coup, les soyeux, les lainiers, les fabricants de lin et de chanvre firent pression sur le roi pour qu’il interdise non seulement l’importation mais aussi la fabrication et même le port des indiennes…Ce qui fut fait  le 26 octobre 1686 par un édit publié par Louvois, ministre de Louis XIV !

Cet édit prévoyaient des peines allant de simples amendes pour les femmes qui en porteraient à trois ans de galère et même la peine de mort pour ceux qui en fabriqueraient ou en feraient commerce !

L’édit, qui restera en vigueur jusqu’en 1759, contraint les fabricants à quitter la France pour se réfugier les uns en Avignon (cité papale ), les autres en Suisse (Genève, Neuchâtel), d’autres encore en Allemagne (Alsace) ou en Italie (Toscane).

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Mais le succès ne se démentit pas ; vous qui me lisez, savez bien qu’on ne peut pas résister à un tissu qui nous plait !!! La contrebande et le marché noir se mirent donc en place… et porter des indiennes devint le signe de la résistance au pouvoir royal. On vit alors des scènes incroyables où des gardes arrachaient les jupes des femmes taillées dans ces tissus prohibés !!!… 

Pour revenir à Souleiado, c’est en 1938 que Charles Deméry rachète la manufacture de Tarascon créée vers 1806 et crée la marque, héritant de 40 000 planches en bois ou en métal vieilles de deux cents ans, planches qui ont servi jusqu’en 1977 à imprimer manuellement les motifs des tissus et constituent aujourd’hui une collection unique en France.

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Commence alors un véritable conte de fée que Nicole Barra (passionnée et passionnante) nous a raconté.

En 1947, avec sa première femme, Charles Deméry a l’idée d’utiliser les indiennes qu’il fabrique pour réaliser non plus seulement des foulards, comme ses prédécesseurs, mais des robes ; ce sera un énorme succès.

Puis il confie à Nicole Barra, à l’époque employée comme mannequin mais qu’il savait bonne couturière,  des coupons de tissus en lui laissant carte blanche… et au vu du résultat il l’envoie parfaire sa formation chez les grands couturiers de l’époque !

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Nicole Barra deviendra sa styliste et l’âme de toutes les collections Souleiado de 1952 à 1962 créant notamment la fameuse robe sari (un peu plus « sage » que le modèle actuel !) qui fut portée, entre autres, par Juliette Gréco, Brigitte Bardot et Marie Laforêt.

Devenu veuf, il l’épousera en seconde noce et, ensemble, ils feront de Souleiado une maison à la renommée internationale.

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Après la mort de Charles Deméry en 1986 l’entreprise connaîtra des difficultés mais depuis 2009, date à laquelle elle est reprise par deux provençaux : Daniel et Stéphane Richard, le soleil perce de nouveau les nuages.

 

 

C’est une nouvelle «ensoleillade»  – Souleiado ! – qui permet aux femmes, comme l’écrivait Michelet à propos de l’indienne, de se couvrir encore aujourd’hui «d’un vêtement de fleurs»!

Note : les photos étant interdites dans le musée, toutes celles figurant dans cet article (sauf la première) sont extraites du site : http://souleiado-lemusee.com/

 

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