La Grand Chantier – Episode 7

Pour juillet le mot : le retour et la page  :

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Donc,


ivau3rlgycuql80erh-djuyfflc300x221Un vent léger effilochait la brume qui peinait à se dissocier des eaux et plombait de reflets sombres la surface encore lisse du lac. Le silence, partout, appesantissait l’espace et l’odeur putride qui s’exhalait des fonds, flottait alentour – frontière invisible barricadant les berges comme pour décourager d’improbables promeneurs.

Rien ici n’inspirait la rêverie et Camomille se surprit à frémir, saisie d’un indicible pressentiment…

La nature, parfois, est inquiétante ; particulièrement lorsque s’étouffent les bruits qui l’habitent d’ordinaire. Les animaux le savent bien !

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Or Camomille est ourse et n’en peut mais. Depuis que le monde est monde et que les ours y vagabondent, plus encore que les biches, l’ourse est aux abois lorsque la forêt se tait. Mais pas au point de détaler car, vous le savez, sa curiosité dépasse en intensité tout ce que l’on peut imaginer.


Et sa curiosité était éveillée par une étrange lueur se rapprochant du rivage en se faufilant au milieu des poissons qui moucheronnaient. On eut dit deux yeux phosphorescents se balançant au sommet d’un long cou qui émergeait de l’onde et de la brume. Une masse sombre la prolongeait et, en tendant l’oreille, Camomille crut percevoir le clapotis d’une ou deux nageoires qui, précautionneusement, battaient l’eau lentement.

Tout un chacun découvrant un tel spectacle se serait enfui emporté par l’effroi, mais notre charmante mastozoaire plantigrade des pattes arrières n’est pas ourse à se laisser abuser par des fantasmagories !


en5y8n2a8zs8lsuhkg4ombg9jbg300x209«Les Higlands sont loin» se dit-elle à haute voix pour faire celle qui n’a pas peur «et l’abus de mort-de-froid ne donne pas le don d’ubiquité ; ça se saurait !  Ce lac, je le connais bien. J’ai joué sur ses bords pas plus tard que la semaine dernière avec Clémentine, ma cousine. Je sais bien que ce n’est pas un loch et si monstre il y a, en tout cas et n’en déplaise aux écossais, ce ne peut être Nessie !».

Et rien que de se dire cela la rassura !

Alors, foulant au pied les morts-chiens, elle s’élança à travers le mort-bois, pressée d’atteindre la rive du lac pour mieux voir cette étrange chose aquatique qui semblait venir la quérir pour Dieu sait quelle épopée.

Et ce fut comme si elle s’était jetée de Charybde en Scylla, dérivant du Loch Ness jusqu’au Styx. Epouvantée, tous ses poils dressés et le cœur chaviré, elle s’immobilisa au bord de l’eau.

xti7qzm85my3_ibb9r7hbnb-vyi225x300Ce n’était pas les yeux brulants d’une sorte de dragon humide qui trouait la brume mais la lumière d’un fanal qu’une silhouette fine, peut-être même décharnée, brandissait à la proue d’une barque. Et derrière elle – ombre noire dressée sur son banc – elle crut reconnaitre, car elle avait des lettres, Charon lui-même  surgissant des Enfers pour venir  la chercher et l’entrainer, à grands coups de rames silencieux, de l’autre côté…

Camomille, assez oppressée il faut le dire, en était là de ses pensées lorsque l’embarcation s’échoua sur le sable et que l’ombre en sautant sur le rivage s’écriât :

«Assez baguenaudé Camomille ;
ton temps est écoulé,
il faut désormais te préoccuper du Retour
 

(Toutes les photos, avant « bidouillages », sont extraites du Net).

 

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