Ma vie dans les chiffons, page de février

Pour la page de février de notre carnet textile, le thème était : cœurs et masques, du rouge et du noir…

En retard mais pas trop tard, voici ma double-page : les amoureux célèbres de la Commedia dell’Arte chère à mon cœur s’imposaient !

Ma vie dans les chiffons, page de février 007

En scène donc, Arlequin, masqué comme il se doit, danse avec Colombine sous une pluie de roses et devant l’arbre magique qui donne des fruits en forme de cœurs…

q1nvmbg9-spam8qm6cmyu_e3adg400x300

l8fbjxz6yhrzuyr9awfmpzvgvvq300x400

zul1eexavwk93sseopp-tc84g6o300x400

Telle la flamme qui les unit, d’un coeur rebondi,

jaillit une plume rouge sur fond de dentelle noire…

**********************

Arlequin.
Colombine, un mot !

Colombine.
Non !

Arlequin.
De grâce !
J’ai là certain cadeau qu’il faut que je vous fasse.

Colombine.
Un cadeau ? Je m’arrête. — Est-ce une chaîne d’or ?
Une bague ? Une montre ? Y suis-je ?

Arlequin.
Pas encor.

Colombine.
Une pièce bien lourde en bonne argenterie ?
Un nœud de diamants ?

Arlequin.
Un nœud de diamants ? Fi ! Ma galanterie
Ne s’en va pas donner dans ces luxes grossiers,
Bon pour les parvenus et pour les financiers !
Je me garderais bien d’humilier les femmes
Par l’insultant excès de ces présents infâmes ;
Car dans tous les pays, chez les plus gens de goût,
On dit qu’en ces régals c’est le choix qui fait tout.

Colombine.
Vous me faites languir ; dépêchez, voyons, qu’est-ce ?

Arlequin.
Regardez, s’il vous plaît, cette petite caisse.

Colombine.
Cette caisse ?

Arlequin.
Oui.

Colombine.
Grands dieux ! Que vois-je ? Une souris !
Certes, le don est rare et d’un merveilleux prix !

Arlequin.
Très-rare ; une souris plus blanche qu’une hermine,
Gaie, alerte, l’œil vif comme une Colombine :
La femme est une chatte, et sa griffe nous tient ;
Une souris est donc un présent qui convient.

Colombine.
Un écrin me plaît mieux que trente souricières ;
Je vous en avertis, ce sont là des manières
À ne réussir point près des cœurs délicats,
Et vous vous brouillerez avec messieurs les chats.

Arlequin.
Cette pauvre souris, tournant dans cette boîte,
Représente mon âme allant à gauche, à droite,
S’agitant sans repos dans la captivité
Où depuis si longtemps la tient votre beauté ;
C’est mon cœur : prenez-le, Colombine fantasque,
Car je pâlis d’amour sous le noir de mon masque,
Je maigris, desséché par le feu des désirs,
Et les moulins à vent tournent à mes soupirs.

Théophile Gautier
Pierrot posthume – Arlequinade en un acte
1847

 

1 réponse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s