Premiers pas en Galice

Quelle région extraordinaire ; on y vient par les chemins de Compostelle, pour très vite s’apercevoir que la Galice est bien loin de se résumer à Santiago. Car la Galice est celte avant d’être chrétienne ; c’est un pays de granit où l’océan et la terre se mêlent et créent un paysage qui évoque la verte Irlande ou la Bretagne, mais ne vous laisse pas oublier que l’on est en Espagne.

C’est un pays rude et contrasté, fait d’artistes et de voyageurs, de pécheurs et d’éleveurs, de cidre et de vin. Au même titre que la Cantabrie et les Asturies, mais de façon plus âpre peut-être, la Galice c’est le socle dur de l’Espagne d’aujourd’hui, le cœur d’où, jadis, elle a rayonné – en Espagne d’abord avec la Reconquista, puis dans le monde et en particulier en Amérique latine. La Galice ne se résume donc pas au pèlerinage à Saint Jacques de Compostelle, mais le chemin de Compostelle reste un excellent fil conducteur pour la découvrir. Et c’est celui que nous avons utilisé.

En venant de la côte des Asturies, El Camino del Norte passe par Mondoñedo  où il faut visiter la cathédrale de base romane (XIII°) avec des clochetons baroques (XVIII°).

mondonedo

À l’intérieur, le retable baroque ainsi que les quatre chapelles s’intègrent au chœur roman dont la voûte conserve des restes de polychromie médiévale. Nous avons aimé la fresque murale gothique représentant le Massacre des Innocents et, à droite, dans la chapelle du Saint Sacrement, une rare Vierge anglaise du XVI° siècle.

vierge-de-mondonedo

fresques-de-mondonedo

Dehors, une passante loquace a tenu à nous apprendre que ce n’est que très récemment que l’on a cessé d’entreposer dans l’église les défunts en attendant  de les inhumer…

Nous avons longé les arcades, face à la cathédrale, pour aboutir à une ruelle qui conduit à la Fonte Vella, jolie fontaine Renaissance où il est écrit que le pays est riche en eau, en pain et en latin…

mondonedo-fontaine

Tout en haut de la colline, un peu à l’écart du centre ancien, le Santuario de Nuestra Señora de los Remedios mérite un détour pour son prodigieux retable baroque.

Mais continuons notre chemin.

 

Le Castro Rei ou Castro de Viladonga est quasi introuvable lorsque l’on vient de Mondoñedo, surtout si l’on se fie aux guides qui le situe à Castro de Rei (charmant village perdu au bout du bout de la campagne galicienne et pas si proche, finalement, du village de Viladonga ou se trouve – ça paraît logique – le castro tant cherché).

castro-copie-1

Nous le vérifions une fois de plus, l’Espagne verte adore cacher les rares panneaux qu’elle met derrière des herbes folles.

Un castro est un village fortifié aux maisons circulaires en pierre et au toit de chaume qui datent de l’époque préromaine. Ce site, l’un des mieux préservés avec celui de Santa Tegra ou Santa Tecla (à A Guarda) montre, par son plan quadrangulaire et ses maisons, quadrangulaires aussi, une influence romaine. Au pied de chaque maison était posé un bloc de quartz blanc dont on ignore le rôle exact.

Grâce à la visite du musée attenant, gratuit et très bien fait, nous avons pu comprendre le site. La visite est émouvante. C’est un peu comme si nous avions rendu visite à Astérix et Obélix dans leur village retranché…

 

Plus loin, érigée sur un ancien castro, Lugo garde de son passé la plus spectaculaire muraille romaine encore existante. Elle fait le tour du centre ancien, soit un périmètre de 2140 mètres. Avec ses dix portes monumentales et ses 85 tours rondes c’est le seul exemple en Europe d’une muraille romaine quasi intacte. Elle date du III° siècle de notre ère.

   

Un beau souvenir, mais c’est à 14 km de  là que nous avons vécu l’un des moments les plus forts de notre découverte de la Galice, la visite de Santa Eulalia de Bóveda, édifice carré bâti au III° siècle av JC puis utilisé comme baptistère.

 

Le village, tout de gris, de granit, d’odeurs et de bouses de vaches est extraordinaire de rudesse. Un homme qui nous regarde passer avec insistance mais ne répond pas à notre salut, une femme qui nous regarde de sa fenêtre et la referme bruyamment sans dire un mot, la gardienne de moutons qui semble s’étonner de nous voir là mais ne dit surtout rien… la Galice celtique est un peu inquiétante avec ses odeurs tenaces et ses innombrables mouches…

Mais l’hórreo est très beau, le village fascinant et l’édifice, sous Santa Eulalia de Bóveda, l’unique témoin de croyances bien antérieures au christianisme. Tout ça sur le chemin de Compostelle, bien sûr !

horreo-santa-eulalia

Que dire de cette « église » implantée sur un temple bien plus ancien, peut-être dédié à Cybèle ? C’est du moins ce que nous a dit le sympathique monsieur qui a bien voulu nous traduire en castillan les commentaires galiciens de la personne chargée de faire visiter.

Les peintures de la chapelle, par leur facture, évoquent des fresques romaines. Les sculptures, très abîmées, représentent des motifs liés à la nature (oiseaux..) et des personnages (danseurs crétois…). On ne comprend pas tout ; on devine des rites secrets au cours desquels les gens du castro d’à côté venaient célébrer la nature et le culte de Cybèle…

Dommage que les chrétiens aient détruit les fresques du bas, trop explicites sans doute sur les rites païens, pour ne conserver que celles de la voûte simplement peuplées de fleurs et d’oiseaux.

Pour plus de détail, on peut consulter le poète chrétien Prudence – Livre des couronnes, X, 1016-1050. Mais attention, c’est assez sanglant ; âmes sensibles s’abstenir !

 

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