Dessine-moi un astre

J’étais debout au fond de mon jardin un œil perdu dans les étoiles, -la nuit était transparente-, et je laissais mes pensées s’envoler, lorsque Mère Castor de son étrange lucarne me fit cette injonction :

« Imagine là-haut un nouvel astre, un jamais vu, un pas pareil, un qui t’attend et te regarde… »

 

Qu’est-ce que c’est que cette à faire là ? Aussi bien là-haut qu’ici-bas, des astres il y en a plein ; bien plus qu’il n’en faut et bien assez pour nous faire rêver.

Il y a l’astre du jour et l’astre de la nuit, l’astre au front d’argent – celui des amants – et bien des astres naissants confiants en leur étoile. Il y a aussi mon astre à moi, la lumière de mes jours et puis encore celui qui m’a vu naître et sait ce que je dois être, sans oublier… Mais n’est-ce pas assez ?

 

La Mère Castor a insisté :

 

« Imagine là-haut un nouvel astre, un souriant, vieux ou tout neuf, un qui se mire volontiers dans l’eau, dans la vitre, dans tes yeux… »

 

Ce n’était donc pas assez.

Il en fallait un nouveau qui brille au loin sur l’horizon. Un jamais vu, un pas pareil, un qui ne serait qu’à moi. Mon nouvel astre quoi !

 

J’ai fermé les yeux et j’ai vu ça :

 

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  La Mère Castor qui s’y connaît a susurré :

« Il n’est pas assez doré.  Et puis j’ai dit « nouveau » ! »

 

Je flairais le pépin ; on n’allait jamais y arriver. La Mère Castor a le souci du détail, je la connais : une vraie princesse Burgonde.

 

Alors, un peu inquiète, j’ai  proposé ça :

 

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 Seigneur, si vous aviez vu son sourire ! J’ai bien compris qu’elle ne voulait pas me faire de peine lorsqu’elle a dit, très doucement :  

« Mais ça ne va pas du tout ; tu vois bien qu’il est incomplet ».

 

Et elle avait raison, je dois bien l’avouer.

 

Et comme ça ; c’est mieux ?

 

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« Celui-la est trop mâché; fais-en un autre. »

 

C’en était trop, je me suis énervée ; j’ai tout mis dans une boîte que je me suis dépêchée de refermer tant elle brillait et je lui ai presque crié :  ça c’est la boîte pour le protéger ; l’astre nouveau que tu veux est dedans.

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Vous ne me croirez sans doute pas, mais je suis presque sûre de l’avoir entendu dire du fond de sa lucarne :

 

« C’est tout à fait comme ça que je le voyais! ».

 

J’ai pris la boîte et tout ce qu’elle contenait, je l’ai serrée entre mes bras et je n’ai pas pu m’empêcher de répéter avec le Renard :

 

« On ne voit bien qu’avec son cœur. »

 

(Avec tous mes remerciements à Saint-Exupéry)

 

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