Au pays des moulins à vent : Kinderdijk et autres sujets d’émerveillement

Voilà bien un pays fait pour Don Quichotte ! Rendez-vous compte, il y a près de mille moulins aux Pays-Bas, et surtout des moulins à vent : moulins de polder, servant à pomper l’eau, ou moulins industriels, à blé, à huile, à scier, à émonder, à papier, à râper, à chanvre, à tanner, à épices, à fouler…

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Le plus émouvant car le plus primitif, c’est celui que nous avons eu la chance de découvrir au bord d’une route dans la région des lacs frisons, le modèle dit tjasker dont les ailes sont directement fixées à une vis sans fin qui sert à remonter l’eau.

 

 

Mais ceux qui nous ont le plus impressionnés, ce sont les moulins de Kinderdijk : 19 moulins qui, en bataillon serré, ont servi à l’assèchement de l’Ablasserward jusqu’en 1950.

 

Huit d’un côté du canal, dans lequel ils remontent l’eau excédentaire du polder, datent de 1738.

 

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Ce sont des moulins en brique à calotte tournante et roue à aubes couverte. De l’autre côté du canal, il y en a huit autres, qui datent de 1740 et sont à corps octogonal et couvert de chaume. Il y a aussi, un peu plus loin, un moulin de type wipmolen, plus ancien et très élégant…

 


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Tous ces moulins qui se dressent au milieu de la plaine marécageuse, c’est vraiment beau!

 

Mais c’est aussi impressionnant car enfin, ils étaient fous ces frisons qui imaginèrent, il y a bien longtemps, de pomper l’eau de la mer en s’aidant du vent pour se doter de terres. Car il n’est pas question ici d’irriguer mais, comme ils disent, d’exonder.

Nous, quand on nous parle de moulins, nous pensons à Daudet et nous imaginons des lapins, du grain et un meunier qui dort ; pas cette extraordinaire gestion de l’eau qui fait la singularité des Pays-Bas…

Car ici, les moulins ne sont pas seulement des moteurs à l’usage de différents corps de métiers. Les moulins sont aussi, et c’est leur aristocratie, les gardiens du royaume. Ils battent des ailes pour chasser l’eau des polders ; grâce au vent, ils assèchent. Jusque très récemment ils ont été non seulement le symbole des Pays-Bas, mais encore sa condition sine qua non.

Car, et c’est à peine imaginable, 30% du territoire est sous le niveau de la mer. Et pas de quelques centimètres ; cela va jusqu’à – 5 mètres !

Nous sommes ici au pays de Sisyphe et des Shadocks ; les habitants pompent et rejettent sans cesse par-dessus les digues l’eau qui ne cesse d’envahir leurs terres. C’est le pays d’un peuple qui non seulement habite mais encore construit et reconstruit sans cesse son territoire. Le pays d’un peuple vraiment Prométhéen.

 

Pour mieux comprendre, nous sommes allés voir les barrages contre la mer du Nord dans la région de l’Ijsselmeer et dans celle du Delta. On y trouve des ouvrages qui forcent l’admiration.

 

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 L’Ijsselmeer, ou lac de l’Ijssel, est le nom donné au Zuiderzee depuis qu’il a été isolé de la mer par la digue du Nord. Cela date de 1932, mais c’est un très vieux projet dont l’idée remonte à 1667, lorsqu’un certain Henri Stevin proposa de fermer le Zuiderzee pour lutter contre les ravages de la mer du Nord. L’idée, qui était restée lettre morte, fut reprise en 1891, après la terrible tempête de 1825, par un ingénieur nommé Cornelis Lely qui ne parvint à la faire adopter par le Parlement qu’en 1918. Les inondations de 1916 et le fait qu’il ait été nommé ministre entre temps n’y sont pas pour rien. Commencés en 1927, les travaux furent terminés en 1932 et permirent de créer trois polders d’une superficie totale d’environ 220 000 ha, de protéger le Zuiderzee des inondations et de créer une immense réserve d’eau douce qui évite la salinité croissante des terres. Tout cela grâce à une digue de 30 Km de long et de 90 mètres de large au niveau de la mer qu’elle domine de plus de 7 mètres. Au milieu de la digue, une statue a été élevée en l’honneur de Cornelis Lely et une tour porte cette inscription qui exprime à nos yeux, après la tolérance et le commerce, la troisième valeur fondatrice des Pays-Bas : « un peuple qui vit construit son avenir.»

 

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Plus au Sud, à l’embouchure des trois grands fleuves qui irriguent ce pays : le Rhin, la Meuse et l’Escaut, une route impressionnante permet de découvrir les derniers ouvrages édifiés pour protéger les Pays-Bas. À l’exception de l’Escaut occidental, l’ensemble du delta est ou peut être fermé en moins d’une heure par des barrages anti-tempête lorsque l’eau monte dangereusement.

 

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Ce projet pharaonique terminé en 1997 fut adopté par le Sénat en 1958 afin que ne se reproduise jamais plus la catastrophe de 1953 : sous l’effet conjugué du vent, des hautes marées et des basses pressions, un raz-de-marée provoqua la rupture des digues en plusieurs endroits et la mort de 1835 personnes. On ne peut que saluer l’exploit technologique.

 

Il nous semble que nous serions passé à côté de la Hollande si nous n’avions pas vu cela.

Regardez et écoutez les moulins de Kinderdijk !

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