La Fabbrica

C’est le monologue d’un fils qui dit enfin le début d’une histoire en même temps qu’il la conclut.

Un monologue dit à deux voix ; celle du fils mais aussi celle d’une femme, de LA femme de cette fable à la fois datée et intemporelle. Une fable « matérialiste historique » où se joue le drame éternel de la vie. Car la vie prend toujours des allures de drame pour les petites gens.

 

La forme narrative et prenante et surprenante ; une sorte de triple lecture intellectuelle, événementielle et émotionnelle, chaque lecture faisant écho à l’autre et l’éclairant.

Il y a la voix du récitant, tenue et retenue.

Il y a le jeu des acteurs, sobre et intense.

Il y a surtout le chant polyphonique, âpre et viscéral, chant de partisan enraciné dans une tradition  immémoriale. 

 

Le tout en noir et blanc, à l’exception de la Femme justement, la madone, la putain, la nourricière surabondante, source et gardienne du secret qui anime toute l’histoire.

 

 

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Et comme si cela ne suffisait pas, plane sur tout cela l’ombre de la Fabbrica qui nous parle d’un monde finissant ; le monde des ouvriers, le monde des prolétaires, asservis certes, mais forts d’une identité, d’un système de valeurs et d’une humanité solidaire.

 

Il me semble maintenant avoir assisté à la mort de Faust(o)…

 

Ascanio Celestini est un barde, un aède ; il dit l’aventure humaine. Et Charles Tordjman a su, avec son équipe largement italienne, faire de ce monologue une pièce et de La Fabbrica notre histoire.

Hier j’ai revu la fonderie qui a brûlé 30 ans de ma vie et qui, comme tant d’autres, n’est plus qu’une ombre creuse. Et de ces années pleurées m’est venue comme une nostalgie.

 

Combien de gens ont habité cette Fabbrica abandonnée ?

Vidée, perdue, vendue à la Chine.

Je parle avec les ombres

Les ombres des gens

Les ombres des objets

L’ombre de la Fabbrica…