Les naufragés du Fol Espoir

qoqqvc6z-08_w5k3nf0cighdbro

« Le Théâtre du Soleil

présente

Les Naufragés du Fol Espoir

Une création collective mi-écrite par Hélène Cixous

 librement inspirée d’un mystérieux roman posthume de Jules Verne.

Sur une proposition d’Ariane Mnouchkine

Musique de Jean-Jacques Lemêtre »

 

 

Les Naufragés du Fol Espoir se veut une comédie épique et romanesque, plongée dans une époque qui fut le berceau tumultueux de la nôtre. Une histoire édifiante, un voyage, un bateau, un naufrage, une île déserte, des émigrants, un fol espoir…

 

nxj1f7macuc68auegujql1ijsc4

 

« Et si nous y allions ? Si nous cherchions la lune sur la terre ? De quoi aurait-elle l’air ? Elle serait blanche, brillante et vierge. Ce serait une île. Imaginons. On pourrait y tracer le modèle de l’humanité future. On dessinerait la démocratie idéale trois mille ans après Eschyle (…).  » Hélène Cixous

 

Il suffit de prendre le métro jusqu’au château de Vincennes, puis la navette ou le bus 112 qui s’arrête devant la Cartoucherie et c’est tout de suite l’aventure…

La Cartoucherie, c’est ce lieu mythique où se sont installés, dans les années 70, outre le Théâtre du Soleil, la Tempête, l’Aquarium, l’Epée de bois et le Chaudron. Un haut lieu pour le théâtre.

3hb32emvrrmcnyz3fpmj7-2ji10

Nous avions réservé, il y a bien longtemps, des places pour « Les naufragés du Fol Espoir », un spectacle monté par Ariane Mnouchkine et que l’on peut encore voir à la Cartoucherie jusqu’à la fin de l’année. Ensuite, il partira en tournée.

Nous avons été littéralement enchantés, à quelques détails près, et nous ne résistons pas au désir de vous faire part de notre émerveillement…

Il est préférable d’arriver avec beaucoup d’avance car, chez Ariane Mnouchkine, tout commence dehors, devant les portes fermées du théâtre par le rituel du choix de sa place. 

brah1tyo9undk805r25mj_zbsys

C’est aussi une tradition au théâtre du Soleil que de vous accueillir dans le hall dont la décoration, comme d’ailleurs la façade du théâtre, anticipe l’univers même de la pièce. Dans cet ancien hangar repeint de frais, la décoration vous installe au coeur du spectacle : affiches sur les premières œuvres cinématographiques, carte géante de la Terre de Feu, meubles « d’époque » sont là pour vous mettre dans l’ambiance. Mieux encore, ce sont les acteurs, maquillés et costumés, qui vous proposent et vous servent une restauration roborative et excellente dont les mets, eux aussi, sont en lien avec ce que vous allez voir. C’est un peu la cohue, mais les comédiens sont avenants, l’ambiance bon enfant et vous vous sentez un peu plus et beaucoup mieux qu’un simple spectateur. C’est une autre relation au théâtre qu’Ariane Mnouchkine instaure.

 

Le temps de déguster un excellent pot au feu et un délicieux dessert portugais et les portes de la salle de spectacle s’ouvrent : Ariane Mnouchkine en personne vous accueille et vous indique votre place. Et comme décidemment tout est fait pour que vous vous sentiez dans une grande proximité avec la troupe, vous pouvez, avant d’aller vous asseoir (mais aussi en sortant) alors voir, sous les gradins, les acteurs se préparer. Il n’y a pas de loges au théâtre du Soleil et rien ne vous est caché.

Dernier détail amusant : si vous êtes assis dans les deux premiers rangs, ne vous étonnez pas qu’Ariane Mnouchkine vous propose des couvertures… Il y a des courants d’air, paraît-il, et elle ne voudrait pas que vous attrapiez froid !

Tout ceci est très convivial, très sympathique mais ne vous empêchera pas d’avoir mal aux fesses en sortant. Les gradins sont inconfortables et vous êtes partis pour plus de quatre heures de spectacle…

 

Mais quel spectacle !

 

Servi par des acteurs extraordinaires évoluant dans un décor aux multiples tableaux qu’ils changent devant nous, accompagnés par la musique composée et jouée en bordure de scène par Jean-Jacques Lemêtre, c’est une féerie et un manifeste, une rêverie et un cri de colère et d’espoir. Un spectacle politique et poétique à la fois, qui entre en résonance avec notre présent et ne peut pas laisser indifférent.

 

Depuis Pirandello, nous sommes habitués au théâtre dans le théâtre et avons pris goût à la distanciation que ce procédé introduit. Mais là c’est autre chose. Là, ce n’est plus du théâtre dans le théâtre mais du cinéma dans le théâtre et qui plus est, du cinéma muet sur-titré ! Voilà donc des acteurs muets qui s’égosillent sans proférer le moindre son, tandis que s’affiche en vignette le texte au-dessus de leurs têtes et qu’un opérateur les filme en tournant la manivelle de sa caméra. Cela donne beaucoup de force aux rôles et de présence aux personnages, en même temps que cela décuple la distanciation. C’est, on l’imagine, très difficile sur le plan technique, mais c’est parfaitement maîtrisé par cette troupe talentueuse et bien dirigée. Il faudrait citer tous les acteurs, mais le capitaine, entre tous, est inoubliable.

Ariane Mnouchkine a choisi, en se donnant comme prétexte un roman inachevé de Jules Verne,

9fnxrforrv1hit9lxmrce9rdzui

de nous faire assister au tournage d’un film. Un film qui entend défendre les idées portées par l’Internationale en montrant l’enchaînement des faits qui ont conduit à la Première Guerre Mondiale, puis une tentative pour instaurer au sud de la Terre de Feu une société idéale. Le procédé est très efficace ; les décors, les costumes, le mouvement des acteurs sont à la fois surréalistes et poétiques, et l’on est emporté, transporté et comme possédé tout au long de la première partie du spectacle. C’est éblouissant et l’on en sort comme d’un rêve merveilleux.

 

dais9f3oftx4lpq6kiryz_6yg4

C’est peut-être un peu moins vrai de la seconde partie qui nous a semblé moins aboutie, un peu trop longue et peinant à maintenir le rythme. Est-ce notre fatigue ou bien celle des acteurs ce jour-là ? Il nous a semblé que le crescendo final s’essoufflait, la distanciation s’engluait dans le pathos et que, malgré de très beaux et de très bons moments, le propos s’alourdissait et perdait en poésie. L’impression aussi que la richesse et la puissance des tableaux, en mettant en quelque sorte « hors champ » la caméra, nous plongeaient dans le fil muet lui-même et nous privaient de la distance et de la mise en abyme si bien réussie dans la première partie.

 

Mais que l’on ne s’y trompe pas « Les naufragés du Fol Espoir » restera sans doute notre meilleur souvenir théâtral de la saison. Nous voulons juste dire que pour nous, si l’ensemble est très beau et très réussi, la première partie touche au sublime tandis que la seconde est un peu « surexposée ».

 

Question de sensibilité, sans doute…

 

bclwsidomwhyruio2cs8iyfdq7u

Les photos étant interdites pendant le spectacle, celles figurant dans cet article ont été extraites du net.

 

 

1 réponse

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s